Elisabeth Louise Vigée Le Brun

 
                 
 

 

 

 

Portrait dit "aux rubans cerise" vers 1782, Forth Worth

Parmi les artistes féminins, c'est la première fois que Elisabeth Vigée Le Brun fait l'objet d'une rétrospective dans les Galeries Nationales du Grand Palais du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016.

L'artiste est née en 1755 sous Louis XV et décédée en 1842 sous Louis-Philippe. Elle a connu les fastes de la vie de l'Ancien Régime, l'exil en Italie, en Autriche et en Russie, l'amorce d'une société nouvelle sous l'Empire. Elle incarne le portrait français dont elle a su diffuser les codes tout au long de ses voyages.

Elisabeth Vigée Le Brun fut élève de son père, Louis Vigée, de Joseph Vernet et de Greuze. Elle épousa en 1776 le célèbre marchand de tableaux, Jean-Baptiste Le Brun. Elle est reçue en 1783 à l'Académie avec "La Paix ramenant l'Abondance" après être devenue en 1779 le peintre officiel de la reine Marie-Antoinette dont elle a laissé plus de trente effigies.

Madame Le Brun fut un personnage très parisien. Elle organisa le célèbre "souper grec" dont le Tout-Paris parla. Elle costuma ses amies en athéniennes, instaura le "modèle drapé"qui devint à la mode dont la simplicité contrasta avec l'habillement de l'époque.

Sous la Révolution, elle se réfugia à l'étranger, devint membre de diverses académies, notamment celle de Saint-Luc à Rome et celle de Saint-Pétersbourg, portraiturant la société des cours et des émigrés. Rentrée en France en 1802, elle continua de voyager à travers l'Europe, en Angleterre où elle rencontra Benjamin West et admira les oeuvres de Reynolds, en Hollande et en Suisse.

Dans la plus grande partie de ses portraits, l'artiste conserve le métier délicat du XVIIIe siècle et y apporte la même sensibilité nouvelle que ses contemporains étrangers tels P. Batoni ou A. Kauffmann.

C'est en visitant les collections privées parisiennes avec sa mère, Jeanne Maissin, et en observant les maîtres comme Raphaël, Titien, Van Dyck, que Mme Vigée Le Brun enrichit sa culture et commence à peindre des portraits d'abord familiaux, son frère en 1773 puis sa mère vers 1774-1778.

 

 

Louis Jean-Baptiste Etienne Vigée, 1773

Saint Louis Art Museum

 

 

Mme Le Sèvre, née Jeanne Maissin, vers 1774-1778

Collection particulière

Après avoir été reçue à l'Académie de Saint-Luc en 1774, l'artiste peut désormais exercer son art en toute légalité. Grâce à un voyage à Anvers, elle découvre un portrait de Rubens, celui de Suzanne Fourment et s'inspire de ce dernier pour faire un autoportrait où elle apparaît coiffée d'un chapeau de paille. Elle exploitera plus tard le sujet avec le portrait de Mme de Polignac.

 

Duchesse de Polignac, 1782

Versailles

Peut-être Elisabeth Vigée Le Brun a-t-elle appris, au cours de ses années de mariage, la tromperie de son mari ? L'oeuvre, "Le concert espagnol" de tradition hollandaise, est peu coutumière de la production de l'artiste. Elle relate certainement la mésentente qui pouvait régner dans ce couple. Et pourtant, tout avait bien commencé. Une jeune femme est assise sur un sofa et tient un livret de musique italienne tandis qu'un guitariste penché sur son épaule suit la partition. Toute l'intimité de ce couple est suggéré par les jambes repliées sur le sofa de la chanteuse et le bras du musicien qui frôle ses cheveux. Une clochette d'étain rappelle la présence discrète de la servante derrière le rideau qui, le doigt posé sur les lèvres, indique que les jeunes gens ne seront pas dérangés. Mais le couple chien et chat amorce une dispute qui rompt l'harmonie qu'affichent le jeune homme et la demoiselle coiffée de plumes et de perles.

 

Le concert espagnol, 1777

Collection particulière

 

La popularité de Mme Le Brun arrive à Versailles et la reine Marie-Antoinette, qui n'était pas satisfaite des artistes qui ont tenté de faire son portrait, découvre dans cette artiste la personne qui idéalise ses traits en respectant la ressemblance.

 

Marie-Antoinette en grand habit de cour, 1778

Vienne

Ce premier portrait qui affiche la souveraine "en grand panier", vêtue d'une robe de satin blanc ornée de passementerie d'or, est envoyé à l'impérarice Marie-Thérèse qui est réjouie. Les longues séances de pose s'avèrent être des instants de plaisir où les deux protagonistes échangent dans une grande complicité. En variant les attitudes et les costumes, Mme Le Brun réussira à transmettre le naturel bienveillant qu'elle a décelé chez la reine. Elle met son talent au service de la souveraine qui est très contreversée par le peuple français et devient symboliquement son alliée.

 

 

Marie-Thérèse Charlotte de France, dite Mme Royale, et son frère le Dauphin, Louis Joseph Xavier François, 1784

Versailles

Marie-Antoinette accoucha en 1778 de son premier enfant, Marie-Thérèse Charlotte de France. Cette naissance ne pouvait donner complète satisfaction puisqu'il s'agissait d'une fille. C'est la venue du Dauphin Louis Joseph Xavier François en 1781 qui assura finalement la succession du trône. Ce double portrait connut un accueil enthousiaste lorsqu'il fut montré au public. La tête penchée de la princesse était pleine de grâce et l'artiste avait très bien reproduit les belles physionomies. Dans un cadre champêtre, les enfants royaux apparaissent dans une image plus humaine mais les règles du portrait officiel ne sont pas oubliées. Sur l'habit en satin de soie pure du jeune dauphin, la croix et le cordon bleu céleste du Saint-Esprit sont apparents. C'est une distinction que tout fils de France recevait le jour de son baptême.

 

 

Jeanne Julie Louise Le Brun se regardant dans un miroir, 1787

Collection particulière

Mme Vigée Le Brun partage désormais son temps entre l'atelier, où elle forme quelques élèves, et les soirées musicales et poétiques où un cercle d'intimes se réunissent. Elle se passionne pour l'éducation de sa fille Julie, née le 12 février 1780. Julie devient un de ses modèles favoris. Ici, elle se regarde dans un miroir. Associée à chaque instant de la vie du peintre, la fillette partage presque toutes ses activités et devient une sorte de double de sa mère.

 

La Paix ramenant l'Abondance, 1780

Musée du Louvre

Elue le 31 mai 1783 à l'Académie royale de peinture, grâce au soutien de Marie-Antoinette, l'artiste a présenté une oeuvre magistrale réalisée en 1780 "La Paix ramenant l'Abondance".

 

 

 

 

La tendresse maternelle, 1786

Musée du Louvre

S'inspirant des madones de Raphaël, l'artiste se met en scène, tenant la fillette en un radieux autoportrait. Il se dégage de cet ensemble une grande harmonie par la couleur fine et séduisante des carnations.

 

 

 

Hubert Robert, 1788

Musée du Louvre

Pendant les années 1785 à 1789, Mme Vigée Le Brun mène un grand train de vie. Elle a de nombreux amis et tient salon. L'artiste est invitée l'été de châteaux en châteaux et sa vie est insouciante. Elle portraiture la haute société et de nombreux amis dont le peintre Hubert Robert en 1788.

 

 

La Marquise de Pezay et la marquise de Rouge accompagnée de ses fils, 1787

Washington, National Gallery

Ce portrait collectif compte parmi les chefs-d'oeuvre de l'artiste. Il représente deux amies qui assistaient régulièrement aux concerts tenus chez Mme Vigée Le Brun. Caroline de Murat était veuve depuis 1777 et Victurnienne Delphine Nathalie avait épousé en 1777 le marquis de Rouge qui était décédé en mer cinq ans après et avec qui elle avait eu deux enfants. Ce portrait est inspiré par les Saintes Familles de la Renaissance italienne, oeuvres dont l'artiste connaissait les estampes et les tableaux. Cette peinture eut beaucoup de succès grâce au rendu réaliste des étoffes, la glorification de l'amitié et la transcription de l'amour maternel par la pose des enfants.

Mais le temps a passé et la menace du peuple en colère commence à se faire sentir.

 

Pendant la nuit du 5 au 6 octobre 1789, le soir du transfert de la famille royale aux Tuileries, Mme Vigée Le Brun, sa fille et sa gouvernante se cachent parmi les passagers d'une diligence.Son époux, son frère et Hubert Robert les escortent à cheval. Arrivé à Lyon, le trio monte dans une voiture pour traverser les Alpes. L'artiste découvre l'Italie ; elle visite Rome, Naples et commence des relations avec les exilés français qui lui commandent des portraits.

 

 

Isabella Teotochi Marini, 1792

The Toledo Museum

A Venise, elle peint la belle maîtresse de Vivant Denon, Isabella Teotochi Marini, à la bouche charnue.

 

 

 

L'artiste exécutant un portrait de la reine Marie-Antoinette, 1790

Florence

On connaît plus d'une dizaine d'autoportraits de l'artiste qui était célèbre pour sa beauté. Très consciente de son image, elle l'avait utilisée pour manifester son talent. Au cours de la visite de la Galerie des Offices à Florence, elle put voir de nombreux portraits de peintres exécutés par eux-mêmes. On lui demanda son autoportrait qui devait prendre place parmi cet ensemble. Elle l'exécuta à Rome d'où il fut envoyé à Florence.

 

En 1792, l'artiste regagne Turin espérant revenir en France. Mais voyant un spectacle de misère, elle se dirige vers Milan puis Vienne. Au cours de son voyage, elle montre ses toiles et reçoit des commandes ce qui lui permet de survivre.

La société viennoise lui plaît et elle peut retrouver nombre d'émigrés en ce lieu. Son mari, Jean-Baptiste Pierre Le Brun a demandé le divorce pour protéger ses biens. L'artiste décide de partir pour Saint-Pétersbourg.

Arrivée en Russie, Mme Vigée Le Brun est appelée par l'impératrice Catherine II. Cette dernière lui demande de réaliser le portrait de ses petites filles. L'art d'animer les soirées grâce à ses tableaux vivants renaît chez l'artiste. Elle reprend des formules picturales dans la représentation de la noblesse russe qui ont déjà fait son succès.

 

 

Comtesse Varvara Nicolaïe vna Golovina, 1797-1800

Birmingham

Mme Vigée Le Brun est reçue à l'Académie de Saint-Pétersbourg et l'art de vivre dans cette ville la charme malgré la rudesse des hivers et la moiteur des étés. Elle semble retrouver la vie qu'elle avait connue à Paris avant 1789. Les fêtes sont nombreuses ainsi que les salons où elle retrouve toute la noblesse.

Julie a vingt ans et ses parents pensent à la marier à Pierre Narcisse Guérin, peintre d'avenir. Mais Julie est éprise d'un aventurier, Gaetano Nigi, secrétaire du Comte Tchernitchev. Après des affrontements, l'artiste cède et dote sa fille qui reste en Russie alors que sa mère prend le chemin du retour à la fin de l'année 1801. Elle fait une halte à Berlin où elle rencontre la reine Louise de Prusse.

 

Louise Auguste Wilhelmine Amélie, reine de Prusse, 1802

Collection particulière

Au château de Postdam, les séances de pose redonnent le sourire à l'artiste. La reine lui offre ses bracelets de diamants afin de la remercier des superbes pastels qu'elle a réalisés.

Elle arrive à Paris, son époux la reçoit avec un escalier garni de fleurs à chaque marche ; le couple a été séparé douze ans et trois mois. Il l'a faite rayée de la liste des émigrés. Le Paris du Consulat est là pour accueillir la voyageuse. Elle se réfugie à Meudon et termine des portraits de la famille impériale de Russie. Peu après elle décide de partir en Angleterre ne pouvant s'acclimater à la société du Consulat et lance, Outre-Manche, la mode des tableaux vivants mais se heurte à la jalousie de certains artistes.

 

Apprenant le retour de sa fille, l'artiste rentre en France mais l'entente n'est pas réalisée. Julie part vivre dans une pension médiocre, malade, elle disparaîtra très vite. Mme Le Brun se réfugie à Louveciennes où elle avait acheté une maison et commence à rédiger ses mémoires faisant renaître les images d'un passé agréable avec Marie-Antoinette, à Vienne et à Saint-Pétersbourg.

 

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